Soirée-conférence du vendredi
« J’ai 6 ans. »
…
« Papa, maman, je veux faire de l’hydraulophone »
C’est par ces phrases que l’intervenante débuta la conférence corporate à laquelle j’assiste actuellement.
Visuellement, un hydraulophone est un instrument de musique comme ça :
La dame qui nous parle se nomme « Conf-Hydro de Droite ». Elle exerce le métier de « hydraulophoniste d’entreprise ». Elle va nous expliquer, via plusieurs interventions égrénées durant ce week-end motivationnel, qu’il est possible de vivre ses rêves d’enfants de droite, à condition de persévérer.
J’ai un verre de champagne à la main et la main de ma compagne personnelle dans l’autre main. Visuellement, il s’agit d’une nana comme ça :
(Non, je ne peux pas mettre de photo d’elle ici).
À 6 ans, Conf-Hydro de Droite dessine un faux hydraulophone sur la table du salon et appuie sur les trous en mimant la musique. Plus tard, elle travaille dans le marketing, mais sent au plus profond à droite d’elle même que ce n’est pas ce qu’elle souhaite apporter au monde. Petite pause musicale dans son récit : Nocturne Opus 72 de Chopin de droite. Ma compagne personnelle a la gentillesse de me donner des coups de coude chaque fois que je manque de m’endormir.
Fin de la conférence. Par entropie, je m’engouffre dans la zone de buffet et bâffre gratuit des verrines de droite et de l’alcool.
Chaque Collègue a pu apporter son Con-joint ou sa Conne-jointe (une seule personne, polygamie non autorisée). La mienne se nomme Compagne Coccinelle-Verte, juste parce que.
Compagne Clownette, la Conne-jointe de Collègue[s] Blougryne est également présente. Collègue[s] Blougryne, bien qu’il·s soi·en·t potentiellement plusieurs personnes comme je l’ai décrit dans un précédent article , a·ont tout de même respecté les conventions sociales. Il·s a·ont une seule Conne-jointe au total. Elle s’appelle Clownette parce que c’est son métier.
Dans un de ses livres, Chuck Palahniuk raconte que les clownes féminines font souvent l’objet d’avances déplacées car les détraqués sexuels pensent qu’elles sont des détraquées sexuelles. Je ne sais pas si c’est vrai. Ça me fait penser que je devrais vérifier si Chucky a écrit de nouvelles œuvres.
Compagne Clownette et Collègue[s] Blougryne discutent à bâtons rompus avec Conf-Hydro de Droite, à propos d’art, musique, spectacle et autres hippizeries.
Il y a beaucoup de Compagnes et très peu de Compagnons, car l’informatique est peuplée de mâles-cis-hétéro-blanc-adorateur-de-gros-nichons. Si tu veux, tu peux changer la société.
L’événement se passe dans un haras, où nous aurons le loisir de participer à une séance de « médiation animale ». Ça va chier corporate.
Compagne Coccinelle-Verte dit au revoir à tout le monde, me fait un gros bécot et nous quitte. Elle ne pouvait pas rester plus car ce week-end a lieu une compétition de Gems of War. En tant que cheffe de guilde, elle a des responsabilités qu’elle se doit d’honorer.
À partir de ce moment, je n’ai donc plus besoin de passer pour quelqu’un qui essaye de passer pour quelqu’un de bien auprès de ses collègues, auprès de sa compagne (relisez cette phrase deux fois). Je m’enfile cul sec un Jéroboam.
Je saisis une occasion de me distinguer par une prestation culturelle et humoristique. Je squatte la sono et le micro de Conf-Hydro de Droite et chante une chanson d’étudiants de l’UTBM : « Les Belfortaines ».
Elle est sur l’air des « Lorientaises « , avec les paroles adaptées. Voici le refrain :
—
Les belfortaines sont des comme les homards,
elles ont toutes un ruban rouge et noir.
Nous les gars de l’UT, on voudrait bien les voir,
pour les embrasser sur la douche ce soir.
Savez-vous ce qu’il y a deux ?
Savez-vous ce qu’il y a deux ?
Y’a deux testaments, l’ancien et le nouvôuwôwôuwôôô, hey !
—
Et voici les paroles. La chanson est cumulative, c’est à dire qu’on répète à chaque fois toutes les paroles précédentes.
—
Y’a Troie en champagne
Y’a Catherine de Russie
Y’a Saint-Pétersbourg
Y’a système métrique
Y’a c’est épatant
Y’a huîtres au vin blanc
Y’a neuf à la coq
Y’a distillerie
Y’a on se fait chier (ou ‘on s’ennuie’, selon le contexte)
Y’a douze apôtres
Y’a très étroit
Y’a 14-18
Y’a quinze de France
Y’a 1664
—
J’en étais à peine à « Catherine de Russie » lorsque je sens un léger refus musical de la part de Collègue[s] Blougryne. Il·s crie·nt « Yeah Réchèr ! Super Réchèr ! » sur un ton ironique. Je ne comprends pas le message et continue de chanter.
Lorsque j’arrive à « C’est épatant », il·s coupe·nt le micro (car il·s a·ont bien évidemment le contrôle de la sono). Je ne comprends toujours pas et chante plus fort, sans l’aide du micro. Arrivé à « Distillerie », il·s s’avance·nt vers moi, me chope·nt par les jambes et m’emmène·nt loin de la scène, alors que je suis toujours en train de chanter.
Manifestement, cette chanson était un choix artistique non adapté. Étais-ce trop de droite pour lui·eux ?
Y’a plus de champagne. Je me rabats sur un fût de bière. Collègue BlackJack ouvre sa mallette de jeu de cartes professionnelle et initialise un tripot, auquel je me joins. Semi-Chef Lula sort les alcools forts.
Soudain, Stagiaire SuperCSS nous fait remarquer que MégaChef Forgeron et Compagne Rigolote (sa Conne-jointe) sont déjà parti·e·s se coucher.
Le mot « parti·e·s » est écrit en inclusif masculin/féminine, puisqu’on parle d’un homme et d’une femme. Il est aussi écrit en inclusif singulier·e/pluriel·le (« parti·e » ou bien « parti·es »), car on ignore si les deux personnes concernées sont en train de baiser, donc on ignore si ça fait un ou plusieurs corps.
Mes parties de BlackJack n’ont pas été concluantes (ce mot « parties » n’est pas sous sa forme inclusive, car on ne baisait pas pendant qu’on jouait). Stagiaire SuperCSS et moi sommes d’avis qu’il est bien trop tôt pour avoir faussé compagnie à ses collègues.
Un cheval-bâton-jouet traine dans un coin, je l’attrape.
Nous sortons tous deux de la baraque principale, à la recherche du bungalow de MégaChef Forgeron et Compagne Rigolote. Le cheval de bois s’ébroue et galope dans la nuit de manière fort bruyante. Je ne parviens pas à le calmer. Nous toquons à un bungalow au hasard, tout en henissant. Une personne totalement inconnue et pas totalement réveillée ouvre la porte. Nous nous excusons platement de nous être trompé, tout en précisant que c’est la faute du cheval de bois, dont l’instinct et le flair nous ont faussement amené ici.
Nous continuons notre cavalcade endiablée et sonore. Nous n’avons besoin de réveiller les occupants que d’un seul bungalow supplémentaire avant de trouver celui que nous cherchons. Mais, malgré tous les efforts et tambourinements du cheval pour signaler notre présence, MégaChef Forgeron et Compagne Rigolote décident de ne pas nous ouvrir. Nous retournons au tripot, la queue (de cheval) basse.
Semi-Chef Lula a fait boire du Ricard à Conf-Hydro de Droite, afin qu’elle révèle sa véritable personnalité et qu’elle avoue faire ça uniquement pour l’argent et pas la musique. C’est un échec. Elle est actuellement en train de lui révéler son projet secret de mélanger l’eau de son hydraulophone à de la cyprine, en prévision d’un colloque pour femmes entrepreneuses.
Collègue BlackJack a eu la gentillesse de pas rafler tout le pot. On va se coucher.
Journée du samedi
Je me réveille, prends une douche et crache un demi-litre de glaire parce que j’ai un rhume. Je suis trop en vrac pour me masturber, tant pis. Je débarque dans la salle commune de la baraque principale. Un bébé est allongé par terre sur des coussins. Quelqu’un est venu avec sa Conne-jointe et son bébé. On n’est plus à ça près.
MégaChef Forgeron donne un cours de forge. Collègue Blasé et moi frappons sur des plaques de métal, qui constitueront les pièces d’un hydrolauphone personnalisé. Le bruit des marteaux me donne un peu mal à la tête.
Conf-Hydro de Droite continue le récit motivationnel de sa vie. Là c’est le passage où elle contacte une enfilade de producteurs et d’artistes, mais aucun n’est interessé par ses prestations. C’est difficile. Elle doute, elle déprime, songe à abandonner. Heureusement sa famille de droite continue de la soutenir alors elle trouve le courage de s’accrocher de droite.
MegaChef Forgeron nous propose l’un de ses ice-breakers dont il a le secret. Nous devons chacun noter 6 informations à propos de nous-mêmes, l’une d’elles étant fausse. Nous les lisons à voix haute, les autres doivent trouver l’intruse. La technique est d’indiquer des infos vraies les plus bizarres possible, pour que la fausse n’ait pas l’air aussi bizarre par contraste.
Voici ce que j’ai annoncé :
- Pendant mes études à l’UTBM, j’ai eu l’occasion de m’asseoir à côté de Victor Stinner, l’un des grand chefs actuels du python. Mais on n’était pas plus pote que ça car j’étais très occupé à maintenir ma réputation de faiseur de conneries.
- À ce sujet, lors de la réunion de rentrée en troisième année à l’UTBM, j’ai fait un slam dans l’amphi. Les gens me jetaient progressivement de rang en rang, j’ai finalement atterri devant le responsable du département Génie Informatique.
- Lors d’une journée de T ravail, il m’arrive de glander en plein milieu de l’après-midi. Je m’y remets en début de soirée et j’en profite pour envoyer un message sur le chat boîtal. Ça fait croire que je suis sur le pont jusqu’à très tard, avec ferveur et abnégation.
- Dans la base de code du projet POILS_PUBIENS, il existe un fichier python d’environ 200 lignes ne comportant aucune lettre « E ». Le fichier fait ce qui est prévu sans aucun problème, mais je me suis arrangé avec des astuces du langage pour ne jamais avoir besoin du « E ».
- J’utilise la disposition de clavier bépo, mais avec un clavier normal. Toutes les lettres sont mélangées. Par exemple, la touche « O » écrit un « L ».
- À l’école primaire, j’étais persuadé que NE PAS toucher les seins des filles pendant la récréation me donnerait la possibilité de faire crac-crac avec elles quelques années plus tard. Cela n’a pas fonctionné.
Lecteurtrice, parviendras-tu à trouver l’information fausse ? Réponse ci-dessous.
Repas de midi. On bouffe, on piache, on discute, le bébé biberonne. Compagne Rigolote trouve tout super génial. Collègue Blasé ne supporte pas ce genre de personnalité. Moi j’adore, je sais bien que c’est totalement surjoué, mais je m’amuse dans ma tête à imaginer que c’est vrai et ça gonfle mon ego.
Je lui parle de Squarity, elle écoute attentivement et me souhaite toute la réussite du monde pour ce projet. Elle ne comprend probablement que la moitié de ce que je raconte, ce dont je fais fi. J’ai besoin de ces encouragements, ces petits cadeaux psychologiques, pour continuer Squarity. Ça avance lentement, c’est la vie.
Café, puis digestif que Docteur Maboul nous avait laissé avant son lourdage. On le boit à sa mémoire.
Conf-Hydro de Droite continue le récit motivationnel de sa vie. Par hasard, un jour qu’elle attendait un train en grève, un virtuose quelconque se mit à jouer sur le piano libre-service de la gare. Elle se propose de l’accompagner à l’hydraulophone. La musique transcende le public, qui se fait de plus en plus nombreux. Des gens prennent des vidéos. Elle balance tout ça sur « lérézaux ».
Elle nous raconte de sa voix douce de droite :
« Ma famille repartage les vidéos. 500 vues … 1000 vues … 2000 vues. Je vais me coucher à l’hôtel. »
« Le lendemain, un message de mon manager-imprésario m’annonce que j’ai plus d’un million de vues … Et voilà. C’est grâce à ce buzz magique que j’ai pu embrasser le métier de Conférencière-Hydraulophoniste d’entreprise. »
WTF ? C’est ça ta conclusion ?
Tu nous expliques, en trois épisodes, sur un total de 5 heures dont 2 de musique classique de droite, qu’après avoir galéré et persévéré de droite pendant plusieurs années, tu t’en es sortie grâce à un gigantesque coup de bol aléatoire ? C’est avec ça que tu vas nous motiver ? Mais c’en est tellement stupide que c’est ni de gauche, ni de droite, ni du centre. Ça n’a aucun sens !!!
Au passage, le pianiste virtuose qui t’accompagnait, il en a tiré des bénéfices de ce buzz moisi ? Il semblerait que non, il est malchanceusement resté dans l’ombre.
J’ai envie de hurler et de vomir la gnôle de Docteur Maboul dans son hydraulophone. Mais je préfère la garder dans mon corps, afin d’anesthésier le mal de tête qui se propage dans mon cerveau.
Cela étant, avec cette histoire lamentable, il appert (du verbe apparoir) que la SNCF et ses pianos en libre-service sont de droite. Pas la peine de faire illusion avec tes grèves, SNCF, on t’a cramé en flag’ !
Enfin, la musique finale de son récit pourritationnel s’achève. Nous sortons et nous nous dirigeons vers l’activité suivante : la médiation animale.
Nous faisons la connaissance de Professeure Cataclop. Elle nous présente des chevaux et des juments dans un enclos (« présenter » dans le sens « donner leurs noms »). Nous devons nous mettre par groupe de trois, deux personnes humaines et une animale, « avec qui nous semblons nous accorder le plus ».
Collègue Blasé, Collègue JackBlack et Cheval PoivreVert se mettent ensemble. Les deux humains se sentent spirituellement proche de ce cheval qui est bon glandu. En effet, il minimise ses mouvements de tête pour attraper l’herbe qu’on lui donne à bouffer.
Je me retrouve avec Collègue Générique et Jument Imen. Cool. Je devrais dire plus de choses intéressantes sur Collègue Générique, mais flemme.
Professeure Cataclop nous précise que nous n’allons pas monter. Le but est de pratiquer des activités pour établir une connexion mystique entre les membres d’un groupe humain·animal. Ça me va très bien. La dernière fois que j’ai monté un truc, c’était
ta mère et ton père
un poney, en colonie de vacances il y a plus de 20 ans, et j’avais trouvé ça horriblement inintéressant. C’était pas spécialement compliqué, ni effrayant, ni désagréable. Mais qu’est-ce que je m’étais fait chier.
Nous effectuons diverses activités :
- guider Jument Imen sur un parcours balisé par des plots,
- guider Jument Imen alors qu’on a les yeux bandés, tout en étant guidé par l’autre humain,
- guider Jument Imen alors qu’on a les yeux bandés, mais l’humain qui guide donne des indications contraires (« à gauche » au lieu de « à droite »), et sans faire de phrases négatives parce que c’est trop facile à décontrairiser.
Jument Imen exécute le tout de bon cœur, Collègue Générique aussi. Le bruit des sabots augmente mon mal de tête, même si on est sur de la terre et que ça fait un gentil « schprouf-prouf » et non un violent « clac-clac ».
Compagne Clownette, Collègue[s] Blougryne et Jument Æthelflæd sont à fond et courent partout au milieu des plots.
Collègue Blasé et Collègue JackBlack s’affalent sur le flanc de Cheval PoivreVert. Il accepte son sort sans problème, car il a bien compris que sa propre glanditude s’est propagée sur les deux humains de son groupe.
MégaChef Forgeron et Compagne Rigolote se font des papouilles plus ou moins scabreuses, sous l’œil jugeatoire de Cheval Blanc-De-Henri-4.
Conf-Hydro de Droite est pas là, elle a préféré rester discuter musique avec Semi-Chef Lula (possiblement autour d’une bouteille de Ricard).
La séance se termine. Il faut ramener les chevaux·juments dans un pré. Wesh, t’as vu lecteurtrice ? point médian inclusif avec « chevaux·juments » !
Professeure Cataclop nous propose de les monter à cru (ça veut dire sans selle). Je décline gentiment l’offre, de peur de me retrouver dans l’horrible situation de la colonie de vacances où je m’étais magistralement fait chier. Collègue Générique nous laisse, car il doit s’occuper d’un bébé.
En route pour le pré. Les autres groupes sont assez loin devant. Là, je me sens bien, même si je ne suis pas sûr de ressentir une connexion mystique entre Jument Imen et moi. De trois choses l’une :
- Soit elle a ressenti que je n’en avais rien à faire de cette médiation animale, alors elle se comporte comme si elle aussi n’en avait rien à faire, par empathie.
- Soit elle n’a rien ressenti du tout par rapport à moi, mais se comporte comme si elle n’en avait rien à faire car elle n’en a effectivement rien à faire.
- Soit je crois ressentir ce qu’elle ressent mais je me trompe complètement et en fait elle est hyper concernée par cette médiation humaine (et elle est de droite).
Ses sabots clac-claquent sur la route goudronnée et augmentent mon mal de tête.
Les chevaux·juments ayant été posé·es dans le pré, il faut maintenant ramener les humain·e·s. Professeure Cataclop nous enfourne dans une bétaillère, et après un petit trajet, nous voici de retour dans la salle commune. Les personnes ayant choisi de monter à cru ont l’entrejambe tout marron. Ha ha ha ! Force jaune devant et marron derrière !
Soirée du samedi
J’ai horriblement mal à la tête. Je me liquéfie sur la table, à côté des apéros qui commencent à spawner. Stagiaire SuperCSS me propose de la kétoprofène. Je suppose que c’est un mélange de kétamine et d’ibuprofène. Je le remercie grandement et gobe le cachet. Ça me regen progressivement.
Compagne Clownette avait proposé une soirée déguisée sur le thème : « Choc ! Olà ! ». J’ai bien vu le jeu de mot, pour autant, je n’ai pas compris en quoi consistait le thème. ‘Olà’ signifie ‘Bonjour’ en espagnol. ‘Choc’ me fait penser au jeu vidéo ‘System Shock’. Le jeu de mot à deux dogecoins me fait penser à la performance d’un pote lors d’une soirée à l’UTBM qui remonte à loin.
Disgression-souvenir: le thème de cette soirée était « Belfort ». Mon pote s’était intégralement recouvert le corps de chocolat pour se déguiser en chocapic, car « c’est FORT en chocolat ». Il en a foutu partout (les murs, les gens, …), c’était génial.
N’ayant pas compris le thème, je suis parti sur un déguisement par défaut : un tutu rose-transparent extrait d’un costume de princesse taille 12 ans. Sur moi, ça fait un mini-tutu, ça va très bien.
Les collègues et colléguettes me voient arriver ainsi et ressentent plus du désespoir et de la blasitude qu’un véritable choc. C’était dans les réactions possibles.
La soirée est accompagnée d’un spectacle concocté par Compagne Clownette : d’abord un sketch critiquant la bimbo-itude de certaines chanteuses, suivi de chansons pour enfants.
Voilà où on en est dans les milieux artistiques. Une personne interprétant de gentilles paillardes étudiantes se fait censurer, mais une personne interprétant des chansons pour enfants est portée aux nues. D’où la devise « aux nues soit qui bien-pensance « . Bande d’artistes à la prout.
Collègue BarryWhite est au bout de sa vie, Semi-Chef Lula est mort de rire, Semi-Chef Capibara s’évade spirituellement dans sa Géorgie-Du-Sud natale. Le spectacle se termine par « À La Claire Fontaine » en canon, où tout le monde peut participer. Je chante certainement faux, heureusement ma voix est couverte par celle de Conf-Hydro de Droite, qui chante étonnament juste par rapport à son haleine de cocktail Ricard-absinthe.
Conf-Hydro de Droite, qui prend le relais pour clôturer sa prestation égrenée :
« Merci pour ce week-end, qui fut très inspirant pour mes prochaines interventions en entreprise. Je vais mettre de l’eau dans des anus de chevaux et des vagins de juments, j’y brancherai mon hydraulophone, et je laisserai exprimer leurs fluctuations mystiques internes. Nous reconnecterons le monde du T ravail avec la nature ! »
La soirée proprement dite peut démarrer. Les déguisements sont politiquement corrects et en accord avec le thème du chocolat : lapin de pâques, Willy Wonka, soutien-gorge en capsule plastique de Kinder Surprise, … Il n’y a que moi qui suis à côté de la plaque. Je danse le french cancan avec mon tutu pour me donner une contenance. Collègue BarryWhite se cache les yeux.
On mange, on danse, on boit, on rigole. Compagne Clownette nous montre la « danse des mains » : deux personnes face à face mettent leur mains en haut, à gauche ou à droite, en rythme mais sans se concerter. Lorsqu’elles ont leur mains dans la même direction, elles tapent dedans au tour suivant. C’est amusant, le tapage de mains mutuel donne l’impression d’une chorégraphie construite et élaborée, alors que c’est du random avec une seule règle très simple.
Colléguette Chapelet se sert une bière à la tireuse, sans la faire mousser. Compagne Rigolote, toujours égale à elle-même, s’exclame : « Oh, tu le fais trop bien ! C’est génial ! ».
Colléguette Chapelet s’appelle ainsi suite à l’une de ses présentations sur les valeurs de Shapley. C’est un vrai truc dans le monde de l’intelligence artificielle ou autre. Mais quand on l’entend prononcer sans le voir écrit, on croit que c’est un chapelet. En vrai, elle est ni religieuse, ni fan de saucisses.
Compagne Rigolote discute avec Collègue BarryWhite. Elle trouve qu’il n’a pas une tête à s’appeler comme ça. C’est exact, il a la voix à s’appeler comme ça, mais pas la tête. Compagne Rigolote, toujours égale à son égalité avec elle-même, propose de l’appeler « Bibi » parce que ça lui va mieux.
Ça me fait penser à la chanson « Initials B.B. » de Serge Gainsbourg. Collègue BarryWhite part noyer son chagrin dans du Coca-Cola sans alcool.
On continue de manger-danser-boire. Étrangement, beaucoup de gens vont se coucher alors qu’il n’est même pas minuit. Collègue Blasé et Conf-Hydro de Droite sont parti·e·s en même temps, mais on ne peut rien en présupposer.
Les jeunes de la boîte (entreprise) veulent aller en boîte (de nuit) et tentent de racoler du monde. Ça me semble risqué et je vois pas l’intérêt de se déplacer à un endroit où l’alcool est payant, alors qu’on a du miam-miam et du glou-glou gratuit sur place. En plus faudrait que j’enlève mon tutu. Finalement, personne ne va en boîte.
On n’est plus que 4 : Stagiaire SuperCSS, Colléguette Chapelet, Semi-Chef Lula (qu’est pas un jeune) et moi (pas jeune non plus). On se pose à une table de la salle commune et on commence une belote. Je joue comme un pied à la belote.
Compagne Clownette, qui dort dans la pièce à côté, nous demande de faire moins de bruit.
Sans dec’, jure ! Il est super pas tard, elle nous a imposé des chansons pour enfants et de la bien-pensance, et après ça on n’aurait pas le droit de foutre le bordel ? Ça me rappelle quand j’étais petit. Je faisais du bruit le dimanche matin, ça réveillait toute ma famille et je me faisais engueuler. Ce que je raconte n’a aucun intérêt ni aucun rapport, mais zut.
On se translate dans une salle voisine plus underground. Semi-Chef Lula sort fumer des clopes. Comme je suis avec des jeunes, l’activité s’oriente naturellement vers une pyramide. Pas le jeu télévisé, le jeu à boire d’étudiants . Je suis nostalgiquement heureux.
Après deux pyramides dans le gosier, je sors et discute avec Semi-Chef Lula, qui s’était plus ou moins assoupi dehors. On évoque d’anciens souvenirs : comment j’ai été extrait de ConcreteWorld.
pour intégrer le projet POILS_PUBIENS, comment on faisait n’importe quoi avec Collègue DocteurMaboul, comment Chef NightWish était un stéréotype de chef. Je suis re nostalgiquement heureux, d’une nostalgie plus proche.
Je dis au revoir aux gens qui restent et vais me coucher. C’était la dernière fois que je voyais Semi-Chef Lula en tant qu’employé du projet POILS_PUBIENS. Il n’a pas pu venir à mon pot de départ. Ça me fait penser qu’il faut que je lui téléphone pour échanger des nouvelles.
Journée du dimanche
Réveil. Douche. Pas de mal de crâne, ouf.
Les gens qui se sont couchés tôt sont frais et fin motivés pour une promenade dans les bois. Wouhou, ça aurait vachement valu le coup de pas boire la veille pour aller dans les bois maintenant. Lolilol. Je décline poliment l’invitation. D’autres personnes préparent une voiture pour repartir. Je m’y incruste.
On dit au revoir aux gens qui sont réveillés, on va au bungalow de MégaChef Forgeron et Compagne Rigolote (je connais le chemin pour m’y rendre), on leur dit au revoir et merci pour l’organisation. On va voir les chevaux·juments et on leur dit de transmettre notre au-revoir à Conf-Hydro de Droite, qui n’est pas encore levée. On s’entasse dans la voiture et on part. Le trajet n’est pas très long, personne ne vomit sur la route. Je suis gentiment déposé devant chez moi et retrouve Compagne Coccinelle-Verte en plein tatanage de gortons malpolis dans Gems of War.
Épilogue : Collègue BarryWhite me racontera plus tard qu’il est allé faire la balade et que cela fut malaisant. Collègue[s] Blougryne et Compagne Clownette faisaient les farfadets en courant partout et en serrant des arbres dans leurs bras. Le pauvre, je le plains.
Autre épilogue : quelques jours plus tard, alors que nous faisions une réunion quelconque, Collègue[s] Blougryne nous signale·nt que c’est la journée mondiale de l’Afrique . Comme je suis très drôle, je suggèwe que nous pouwions pawler avec l’accent afwicain duwant la wéunion, afin d’honower cette jouwnée. On me répond que non. Collègue[s] Blougryne me dit·s·ent avec sympathie que ma blague est du niveau de Conf-Hydro. Sous-entendu : en plus d’être de droite, elle est colonialiste et il·s ne l’aime·nt pas.
C’est un sentiment que je peux comprendre. Par contre c’est pas très cohérent avec le fait que lui·eux et Compagne Clownette ont discuté à bâtons rompus avec elle le vendredi soir. Mais qui suis-je pour juger ? Ni africain, ni musicien et à priori même pas de droite.
Voilà, c’était un super événement corporate. Encore merci à MégaChef Forgeron de l’avoir organisé et encore merci à Conf-Hydro de Droite pour ses interventions inspirantes !
À pas-bientôt pour un prochain article corporate. Celui là était assez volumineux, je vais donc me permettre un mini-article pour le mois prochain, et puis je dois avancer Squarity.
Hydr·o·au·l·au·o·ph !!!